1

dortoir et petite salle pour les enfants

comme lutte, au petit matin, A. trouve ça bien d’arracher

les ronces et d’en ramasser les mûres

C. dit qu’ici elle s’appelle pas C.

elle dit qu’elle s’occupe de ce dont ils n’ont

pas le temps de s’occuper parce qu’ils passent

beaucoup de temps à discuter, c’est ce qu’elle dit

on passe beaucoup de temps à discuter

 

2

cette fois-ci F. a les cheveux bleus

elle court partout et en même temps ne semble pas pressée

il y a certaines personnes dont le visage ne me revient pas

aussi étrange cette expression soit-elle

je ne sais pas si c’est dû au manque de café

 

3

dans la cuisine il y a un lot de mecs qui écoutent

de la musique sur leur téléphone, ils font partie

d’un groupe de musique touareg, ils font cuire quelque chose

de rouge dans une grosse marmite, c’est le seul endroit

où ils peuvent cuisiner de la viande, ça fait des bulles

on rit ensemble tard le soir, l’un d’eux lit une histoire à J. & A.

dans un lent français

 

4

sur le programme il y a écrit groupe touareg en exil

il faut être plus précis : là-bas (très flou, sur un territoire incluant

des bouts de Mali, la Lybie, le Niger, le Burkina Fasso, la Mauritanie)

ils ne se connaissaient pas, certains ne jouaient

pas de musique non plus

c’est parce qu’ils sont en exil qu’ils jouent de la musique

 

5

je dis que si je devais avoir un autre prénom ici je veux que ce soit

Aglaé

il y a 7 ans lors d’un séjour au Mont-Athos

je n’avais pas réussi à me faire appeler Yannis une seule fois

 

6

journée lentement

Al. me propose d’aller chercher du lait à la ferme

Wardine → Bellevue via. sentier défoncé, grosses bosses

je roule dans les flaques mais mon vélo ne supporte

pas les petits pignons, je zigzague, selle trop basse

 

7

il dit on va prendre un raccourci

il dit s’il n’y a pas de lait ici, on va aller là-bas

il pointe son doigt à l’ouest

il me parle de la guerre et des familles orphelines

il me parle de ces deux sœurs, une âgée, une moins âgée

il dit qu’elles sont seules maintenant

il dit qu’il n’a pas voulu faire la guerre

ses frères à lui sont morts

il parle de Kadhafi

il dit qu’il a appris le français en écoutant la radio

il dit qu’il a séjourné plusieurs mois en Italie mais

il dit qu’il voulait parler français

il dit que dans le groupe tout le monde croit en Dieu

il dit qu’ils sont musulmans

il dit que lui prie souvent mais comprend que les autres le fassent moins

il dit qu’il a passé des semaines entières dans le désert à ne boire que du lait

il parle des mamelles des chameaux

il dit que c’est pour ça qu’il se sent mieux quand il boit du lait

il m’offre un litre de lait

il dit c’est pour vos petites

 

8

après le vélo il dit qu’on ne veut pas que quiconque fasse du mal

à des personnes qui partagent les légumes qu’ils récoltent

il dit aussi que toutes ces routes n’ont pas besoin de venir ici

c’est bien comme ça (après on fait une selfie avec Ad. et lui,

je ne sais pas si j’aurai un jour cette photo)

 

9

nuit

ils jouent un espèce de blues répétitif

les transitions rythmiques sont étranges

ils chantent le plus souvent en chœur

trois ou quatre phrases reviennent par morceau

sur scène Alk. chante, ferme les yeux, frappe dans ses mains

regarde

ils dansent, ils sont habillés avec des foulards et

des tuniques très colorées, brillantes, sous le chapiteau

rouge, les gens sombres dansent avec des verres

consignés remplis ou non, mains sales

 

10

on se demande ce qu’on chanterait si on devait quitter ce territoire

ça ne veut rien dire mais ça doit être celui où il y a notre langue

nos histoires, nos repères, familles proches et élargies,

nos connaissances – disons

on ne se souviendrait sûrement pas des mots des chansons

on inventerait de nouvelles paroles où il y a des blancs, des bouts de mémoire

perdus

peut-être

on se demande ce qu’on chanterait

 

11

en quittant la zone il y a des maisons très moches

clôtures vertes en métal achetées dans l’espace jardinage

de la cour intérieure d’un magasin de bricolage

les panneaux sont illisibles, les territoires inventent

des terres discontinues

 

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(poèmes tristes de post-its)

quand on discute j’ai envie de te parler de forêts profondes de vertes rivières et de draps froissés, mais comme j’ai peur de puer de la gueule je ne dis rien.

je suis la femme de ta vie celle que tu n’as pas encore vraiment regardée la moitié de tes rêves vraiment grave

si tu veux on peut faire l’amour partir en stop on ze road 66 fabriquer des enfants vivre nus pour toujours parler boulot

Marie et Jeanne

 

De la maison de Marie je ne me souviens malheureusement pas de grand-chose. Je me rappelle qu’elle regardait le Juste Prix à la télé, dans le salon qui était devenu, il me semble, sa chambre à coucher dans les derniers temps. J’imagine que c’était pour ne plus avoir à monter les étages.

Je me rappelle du cellier, qui avait un sol en terre battue, ça m’impressionnait beaucoup.

Je me rappelle du jardin, parce qu’il me paraissait immense. Je sais qu’il y avait des arbres fruitiers, un potager dont elle s’occupait, je crois, à l’aide d’un homme du village qui venait lui filer un coup de main, peut-être même contre salaire ou partie de la récolte. Je suis sûre en tous cas qu’elle y faisait pousser beaucoup de haricots verts parce que je me souviens avoir aidé à les équeuter, et qu’on les mangeait avec du beurre.

On allait parfois à la foire aux bestiaux de Château-Gontier voir les vaches, les cochons, les éleveurs. Il y avait un restaurant et ma mère y mangeait de la tête de veau – de ça je garde un souvenir horrifié, on pouvait manger la langue, les yeux, la cervelle, tout.

On allait aussi voir des courses de chevaux, ou manger des sablés à Sablé, ou dans je ne sais plus quelle bourgade du coin où on allait au marché et surtout manger des très bonnes galettes saucisses aux camions ambulants qui en vendaient. C’est peut-être mon meilleur souvenir de la Mayenne.

Il y avait aussi, à droite en sortant de la maison, à côté du petit portail pour aller dans la rue, une espèce de grande haie carrée (du buis ? des cyprès ? ou autre chose ?) avec des oiseaux à l’intérieur, beaucoup, on trouvait parfois des nids. J’avais l’impression que cette haie n’tait là que pour servir d’habitation aux oiseaux ; je me souviens du chant du coucou, il y avait aussi des pies et des pigeons ou des colombes qui roucoulaient. Je me souviens au matin d’être réveillée par le chant des oiseaux.

Il y avait : en entrant le couloir, à gauche le salon avec la télé donc, à droite la cuisine et dans son prolongement le cellier. Au bout du couloir, les escaliers qui montaient (je dirais qu’ils craquaient sous les pas) et en haut plusieurs chambres.

Je crois me souvenir de gros draps en coton blanc épais. J’ai toujours aimé dormir dans des draps lourds, peut-être à cause de ça. Je crois encore qu’il y avait un grenier, mais je n’en suis pas sûre.

A côté de chez Marie par contre je sais qu’il y avait le petit lac (ou l’étang, je ne sais plus comment on l’appelait ?) avec un chemin qui en faisait tout le tour, et surtout une jolie petite presqu’île où on allait souvent terminer la balade, et où poussaient de gros saules pleureurs. Sur les côtés de l’étang il y avait beaucoup de noisetiers, et on passait beaucoup de temps en août à ramasser des noisettes, à les casser, avec des pierres ou avec les dents. Je me rappelle parfaitement qu’une fois je discutais avec ma mère au pied des noisetiers en tripotant machinalement entre mes doigts ce que je pensais être une brindille, qu’à un moment j’ai senti que la brindille bougeait dans ma main, que j’ai regardé et que j’ai eu une peur bleue et crié fort en m’apercevant que depuis 5 minutes je malaxais dans tous les sens un petit ver tout blanc.

Je me rappelle qu’on partait avec la BX break se baigner à la piscine municipale qui n’était pas trop loin et en plein air, et que sur le trajet on écoutait (me semble t-il) la même et unique cassette des tubes des années 60, en boucle. Avec dessus : biche oh ma biche, et j’entends siffler le train, je n’ai besoin de personne en harley davidson, des pommes des poires et des scoubidous bidous wah, pour un flirt avec toi, gaston y’a le téléfon qui son, et un tas de chansons comme ça qui ne me paraissaient à l’époque pas du tout démodées et que ma mère connaissait par cœur.

Je me souviens de Marie, assez forte, et parlant fort, ou en tous cas de temps en temps avec de grosses exclamations paysannes qui horrifiaient un peu ma mère, notamment quand elle me soupesait les bras ou les mollets en essayant de deviner combien de livres pesait chaque partie de mon corps.

Chez Jeanne évidemment j’ai plus de souvenirs. Il y avait aussi un potager, qui changeait de place et de style selon les années. Il y avait aussi des fruitiers. Il y avait une vigne sur la treille de la terrasse qui faisait des petits grains un peu acides mais que j’adorais quand même cueillir et manger aussitôt. Il y avait des amours en cage, et je dois dire que depuis je n’en ai plus jamais cueilli et mangé à même la plante. Il y avait en bas du jardin la petite porte qui donnait directement sur les escaliers et le terrain de boules, avec de la mousse sur les pierres du muret et beaucoup, beaucoup, beaucoup de gendarmes noirs et rouges qui couraient en tous sens.

La nuit, dans le jardin, je me souviens aussi qu’il y avait parfois des vers luisants.

Depuis la maison, on voyait le pic et un bout des ruine des Trois Châteaux, où ma tante partait bouder quand elle était enfant et contrariée. Il y avait le bouquetin et le chamois sur les flancs des montagnes proches, à portée de jumelles.

On partait se baigner à la Bourne, le pont parfois était inondé par les crues, il y avait tous ces canards qu’on nourrissait à coup de pain sec emmené exprès ou de quignons de baguettes achetées à la boulangerie (à laquelle on achetait également du St Genix à la praline bien rouge).

Sur les bords de la Bourne on ramassait des tonnes de fossiles d’oursin : ça faisait des petits galets ronds et bleutés qui tenaient dans la paume de la main, avec des stries blanches régulières qui partaient du milieu.

Jeanne cuisinait des gâteaux aux noix et des pognes, ça c’était bon. On mangeait la pogne le matin avec de la confiture qu’elle faisait elle-même, je crois. Je sais qu’elle cousait.

Je me rappelle du carrelage sur les murs de sa cuisine avec des fleurs et des oiseaux dans le genre naturaliste.

Je sais qu’à travers le mur de ma chambre, je l’entendais écouter sa radio le soir depuis son lit – tous les soirs. Je trouvais que c’était une habitude bizarre.

Je me rappelle de la douche qui était toute petite et pas pratique, et que souvent on y retrouvait des insectes, araignées et scolopendres. Je me rappelle qu’après sa mort, quand on venait passer des vacances dans sa maison, il fallait en arrivant ôter la plaque du regard devant la porte du cellier, et ouvrir l’arrivée générale d’eau enfouie dans le sol. Il y avait des toiles d’araignées à l’intérieur. Il fallait aussi allumer le chauffe-eau qui fonctionnait au gaz, avec des allumettes.

Je me rappelle qu’à côté de la télé, tout de suite à droite sur le buffet, il y avait une petite boîte en bois qui contenait, exclusivement et de tout temps, des pastilles Vichy. Je pense que je n’en ai jamais mangé ailleurs que là-bas.

Il y avait également une pendule dans le salon, une vraie belle pendule à balancier qu’il fallait remonter de temps en temps.

Jeanne avait la polyarthrite, je me souviens de ses mains travailleuses aux articulations déformées. Je me souviens aussi que c’était compliqué pour elle de trouver des chaussures qui ne lui fassent pas mal.

Je me souviens d’elle, frêle, assez calme et silencieuse, ou peut-être timide, assise à la table de sa cuisine, les mains jointes l’une sur l’autre.

Je crois que malheureusement, en ce qui concerne la corpulence générale et le caractère, j’ai davantage hérité de Marie.

 

 

depuis longtemps, j’aimerais faire un genre de journal de bord des endroits où je dors et de ce qui s’y passe

par exemple

lundi 10 juillet 2017 – hôtel le Germenoy, à Vaux-le-Pénil (77) –  couvre-lit à fleurs et chambre fumeur – monsieur portugais bizarre nous parle des guerres qu’il a fait en Angola, de ses cauchemars, ça pourrait être touchant mais il est juste super lourd – à 4h du matin réveillée parce que Roman me tripote les mollets, il s’est retourné à 90 degrés dans son lit en dormant et il cherche son oreiller, mais ce sont mes pieds

dimanche 9 juillet 2017 – Méandre, Chalon-sur-Saône (71) – dans la chambre babapsychédélique avec la taie d’oreiller éléphant cosmique – à travers la paroi de droite, entendu Maxime écouter quelque chose sur son ordi pendant longtemps, mais pas du tout réussi à deviner quoi – et rêvé que je volais un habit à 35 euros et que je me faisais gauler alors que la patronne du magasin était une pote, la teu-hon – quel rêve de merde

samedi 8 juillet 2017 – chez la gentille famille à côté de Chateauneuf (73) – rentrés tard, pas de bruit pour pas réveiller les gens, bataillé pendant 10 minutes sans mentir avec Marco pour réussir à tuer mouche à merde très bourdonnante très fort qui nous gêne dans la chambre – finalement je l’ai dégommée d’un revers de l’album Fingers de Lucky Luke – plus vite que mon ombre

vendredi 7 juillet 2017 – premier jour chez la famille gentille – le petit garçon nous montre tout à 1h du matin quand on arrive : le jonglage, le piano, les bouquins, les chatons, les jeux à chatons – ils ont été unschooling pendant toutes leurs premières années lui et sa soeur, je pense à l’Actis family – la maison est dans un état de bordel comme j’en avais honnêtement rarement vu, jardin et potager compris, il faut le faire, même leurs cultures sont anarchiques – ils y ont l’air heureux et ça se comprend

jeudi 6 juillet 2017 – cabane, Sillans-la-Cascade (83) – avec Marco dans le lit de princesse, quelques moustiques et le vent frais par la fenêtre il faisait froid pour une fois – regardé un dessin animé (les nouveaux héros, avec un gros robot très rigolo qui fait « chalala, la, la ») et après j’ai continué à lire le roman qui m’obsède complètement ces jours-ci

mercredi 5 juillet 2017 – cabane déjà – mais dormi dans la nouvelle caravane d’amis pour inaugurer, matelas très dur, bien pour le dos, moustiquaires à toutes les fenêtres, qualitatif – peinture blanche et bleue ambiance chambre de jeunes amants grecs cachés dans leur vallon rocheux et sous le pin ombrageux,

on était bien.

QUELQUES COURTS POÈMES RÉPUBLICAINS

(et un commentaire marginal)

 

supérette, inventaire, les articles sont placés en rayons et

validés, codes-barre, lui au travail ne dit pas « rangés ou pas j’aurai

ma paye à la fin du mois » car c’est de la satisfaction

des clients devant l’étalage éclairé d’un sourire simple

qu’il tire son meilleur salaire

 

*

sur le bord de l’eau, c’est un lac, une promenade

une partie de pétanque sur le sable, un accent particulier, ce sont

des britanniques : il faut bien une clientèle pour les

boules en plastique colorées (jaune vert rouge bleue)

 

*

bon gré mal gré même si un peu

déçu c’est ce qui va se passer aux législatives

qui maintenant l’importe le plus

il s’est engagé

 

*

rayonnages métalliques de plusieurs mètres de haut, des hommes

et des femmes dans des pantalons moches marchent

un client pointe du doigt une plaque de plâtre

l’un des vendeurs répète en disant

placo

lui il dit placo

il demande ensuite de le suivre

jusqu’à la guérite qui sert de caisse à ce magasin en plein air

 

*

c’est la fête de fin de l’année au collège et toutes les classes

plus quelques individualités présentent des travaux aux autres camarades

des performances, chaque fête de fin d’année dans les collèges s’organisent à qui mieux

mieux, un banquet sympathique à la fin organisé par quelques parents d’élèves

le soleil et la chaleur de la fin de journée soûlent calmement tout le monde

un prof de mathématiques rit avec un garnement de quatrième B

 

*

lac superficie énorme autour des pins

c’est entre deux département

fin août, monde tellement que foule entre 14h et 17h30

seins nus, démarches singulières, un burkini

tous les enfants s’en foutent de cette diversité adulte

 

*

un commentaire marginal :

fin août eau vraiment dégueulasse sur chemin retour petit vomis dans

la voiture près de la terre ou du sable

le soleil coule dans le ciel comme un jaune d’œuf

 

 

Marguerite et ses fleurs

(ou : les dégâts de France Inter)

« Je suis contre la haine. Par contre j’aime les poupées, et globalement ce qui est bleu.

J’aime le maïs.

J’aime beaucoup beaucoup les fleurs. Généralement, j’aime la beauté, la santé, l’amour.

J’aime la démocratie, je suis contre la haine. Je suis pour le bonheur et le printemps.

J’aime beaucoup ce qui est beau, et pas du tout ce qui est moche. J’aime moyennement les choses moyennes, mais finalement Macron bon.

Je déteste la pollution ainsi que la fonte des glaces. Je les déteste au moins autant que la guerre, et les ravages qu’elle cause à l’humain, qui pourtant sait être beau.

D’ailleurs j’aime beaucoup l’humain. Mais je n’aime pas les nazis, car ils aiment la haine, et je suis contre la haine.

J’aime les oiseaux, le vent léger, j’aime le soleil et les tomates, j’aime vivre libre sous le soleil.

Je pense qu’on a beaucoup à apprendre de l’histoire, et qu’il faut savoir prendre ses responsabilités contre la haine.

Aimer la démocratie, c’est aimer ses droits.

Et aimer ses droits, c’est aimer ses devoirs. »

alors donc, c’était comme des vacances oui, dans le Colorado voilà

au niveau Colorado on ne voyait pas grand chose, en terme de paysage je veux dire c’était relativement décevant

des genres de montagne de poussière jaune, et c’est à peu près tout

mais je sais qu’on campait, avec N. et C. et M. bien sûr

et donc encore, cette espèce d’aire de repos, ou de pique-nique, quelque chose était aménagé en tous cas pour la circulation plaisante et facile des visiteurs

et donc oui, toujours, j’étais assise toute seule sur une des tables aménagées là, et y écrivais des poèmes sur un petit cahier, à gros carreaux, du type clairefontaine ou quelque chose s’en rapprochant

je ne peux malheureusement pas citer d’extrait mais il y avait en haut de chaque page,  tout bien centré et appliqué : un titre, bref

et puis dessous : des vers oui, donc

quelques-uns, pas très nombreux, pour chaque texte

je pense qu’il s’agissait d’une poétique assez sobre, certainement un peu romantique et factuelle à la fois, mais la versification aérée donne à penser que j’étais quand même en veine lyrique, l’effet Colorado peut-être

quelque chose de naïf assumé en tous cas, oui certainement, du genre qui parle de la couleur de la terre et de la forme des nuages

et donc enfin, voilà, à côté de moi un tableau d’affichage électoral avec la face à Méluche

et donc oui, c’est ça, Nicolas Sarkozy et un ? (collègue peut-être?) passaient par là et commentaient l’affiche mélenchonienne à grands coups de « ah, quand même, il n’a aucun parcours, on ne sait pas d’où il vient, son passif est tout à fait cahotant,

n’est-ce pas mademoiselle vous ne trouvez pas? »

moi, malgré ma prosopagnosie légère mais néanmoins existante – tous ceux qui me connaissent en sont largement témoins – je l’avais quand même franchement reconnu, et tentant le trait d’esprit, je réponds :

« euh vous savez, si quelqu’un du passé ayant marqué l’histoire avait un passif rocambolesque et cahotant comme vous dites, c’est certainement un fait qu’on retiendrait comme quelque chose de valeureux »

Sur ce, Nicolas Sarkozy réfléchit, et puis dit

« mais oui, c’est tout à fait vrai »

et là il vient lire par-dessus mon épaule mes poèmes sur cahier gros carreaux

et me propose, donc

d’aller dîner au Fouquet’s un de ces soirs,

donc, tout simplement

 

Voilà voilà

 

Merci campagne électorale pour ces rêves dont on ne sait que faire au réveil, donc, franchement.