19/02/2019

 

sortie de Linards route de Limoges à côté de hangars qui font du bruit

une voiture fait marche arrière et je reconnais quelqu’un, il s’appelle Bruno

il est avec sa mère et un petit garçon taiseux à l’arrière

Bruno va jouer le dernier match d’une compétition de tennis

sa maman parle avec un accent slave mais je crois qu’en terme scientifique on dit « balte oriental »

on me parle de la météo ensoleillée et d’un endroit en Corrèze où les paysages ressemblent à ceux du film Le Seigneurs des Anneaux

ça me fait penser à mon frère qui regardait les bonus des éditions 4 dvds en continu

j’utilise le pronom « vous » et le pronom « tu »

en sortant de la voiture, je me rends compte que j’ai oublié un de mes sacs

je dois repartir en arrière et cache mon gros sac derrière un taillis

j’ai fait 13 ou 14 kilomètres

 

*

 

je repars dans l’autre sens, rond-point de l’A20 après Saint-Hilaire-Bonneval

un homme équipé de sa voiture et d’une longue remorque

il va chez ses parents à Linards, ses vieux parents, il va couper les haies et tailler le tilleul

il a grandi à Linards

il dit que son père c’est Paul et lui c’est Pierre, il le chantonne

on se vouvoie

nous retournons sur mes pas et je vois mon sac, là, posé

OK C’EST BIEN

13 ou 14 kilomètres pareil

 

*

 

here we go again

et alors une dame seule dans petite voiture qui met toutes les affaires du siège passager n’importe comment derrière

elle habite à Linards, à Oradour, pas le Oradour là-haut qu’elle dit (elle parle d’Oradour-sur-Glane)

elle part au travail, il est 10h30, c’est à Limoges, elle vend des choses dit-elle, ça n’a pas l’air d’être l’éclate

elle connaît une ancienne collègue à moi, elle me confie une brochure sur la résistance en Limousin et il y a une photo de Georges Guingouin dessus

on parle aussi de nos employabilités respectives

on se vouvoie

13 ou 14 kilomètres encore

 

*

 

2 minutes d’arrêt après rond-point et un homme seul dans voiture à boîte automatique

la voiture a beaucoup de kilomètres mais elle trace, l’intérieur sent l’huile essentielle ou quelque chose du genre

j’ai un moment l’impression – quand il me parle de sa famille de Linards – qu’il s’agit des gens dont nous avons acheté la maison

non, il ne croit pas

lui il fait des marchés, il achète des habits et accessoires à Colline, c’est le nom d’une entreprise de prêt-à-porter, c’est fabriqué en Inde, il va les chercher à Pont-des-Sables

depuis quelque temps l’entreprise s’adapte au marché, ce sont des compositions indiennes, pakistanaises et chinoises, que la qualité des tissus n’est plus la même

il y a une brochure GREENPEACE dans la boîte de rangement près de la portière

il me dépose à la sortie de Saint-Yreix-la-Perche en passant par le centre-ville

je crois quelques secondes à un scénario de mauvais film dans lequel on m’enlève pour m’emmener dans une cabane en bois pérav où les portes grincent

j’oscille entre le tutoiement et le vouvoiement sans jamais me fixer

35 kilomètres environs

 

*

 

une fille avec des collants jaune conduit une vieille dame

elles ne vont qu’à douze bornes, elles vont à Angoisse

je leur dis que tout le monde aime le nom de cette ville

elles me répondent qu’elles voient parfois des gens se prendre en photo devant le panneau

la fille, lunettes de soleil sur le nez, me dit que cela viendrait du fait que ce sont les lépreux et lépreuses qu’on amenait ici, d’où le nom d’un endroit collé à Angoisse, qui s’appelle L’Hépital

elles me laissent aux quatre routes comme elles disent

les voitures vont vite, elles me sourient et me saluent, la fille m’ouvre la porte car elle est bloquée et alors la vieille dame regarde le rétroviseur pour me dire au-revoir

la jeune fille me tutoie, la vieille dame me vouvoie, je ne sais pas comment je leur parle

sortie d’Angoisse

12 kilomètres précisément

 

*

 

un homme s’arrête, il est à la retraite mais son fourgon est rempli de matériel agricole

il rigole beaucoup, il me dit qu’il va me déposer quelque part de plus agréable

il me dépose à la sortie de Lanouaille, il rigole en me voyant m’installer avec mon gros sac

on se vouvoie

5 kilomètres

 

*

 

homme à la retraite avec moustache, il parle longtemps de là où me déposer

j’ai du mal à me représenter la route, je crois que c’est un détour mais je fais confiance

il est à la retraite, il profite, comme il dit, il dit qu’il a été forcé d’arrêter son entreprise

à cause d’un AVC, il en parle sans fléchir une seconde, je lui dis que son corps lui a fait signe

il dit « oui »

le feeling ne passe pas

on parle d’enseignement, il dit qu’il trouve ça courageux d’enseigner « aux jeunes » aujourd’hui car il les trouve compliqué et difficile, surtout à cause de ce monde-là, etc. – j’ai envie de lui répondre que c’est son monde à lui, pas vraiment le leur même s’iels y vivent, mais je ne dis rien

on se vouvoie

il me laisse près d’un gros rond-point, un panneau indique PERIGUEUX, BORDEAUX, A89

38 kilomètres

 

*

 

soleil haut et ça cogne, on dirait le stop l’été et il est 12h45 quelque chose comme ça

le mauvais moment où les gens bouffent et pas beaucoup de carlingues

une voiture passe puis je la vois plus loin faire demi-tour, elle reprend le rond-point et s’arrête devant moi

la personne dedans dit que c’est la première fois qu’elle prend un stoppeur

je lui demande si nous pouvons nous tutoyer

on échange nos prénoms

elle a vingt ans et a derrière elle une carrière de sportive professionnelle et internationale en basket

elle me raconte ses déboires avec un entraîneur

elle dit qu’elle a tiré un trait là-dessus, que c’est un milieu violent

elle a fait ensuite du rugby mais elle a arrêté lorsque elle a vu son corps commencer à se transformer énormément

maintenant « elle ne fait rien », elle comprend les GJ mais elle dit qu’elle ne comprend pas tout du mouvement

Ophélia fume, je fume, j’adore fumer des cigarettes qu’on m’offre

je lui parle du stop et elle me dit qu’avec mon expérience je suis un professionnel moi-aussi

elle me dépose près d’un gros parking, l’autoroute est à 400 mètres

elle me confie une cigarette et un briquet, j’accepte ce cadeau

elle dit qu’elle espère que je ne vais pas trop cramer au soleil, je lui dit que même si ça n’a l’air de rien, les choses adviennent à un moment ou un autre, avec justesse, on se dit au revoir

36 kilomètres

 

*

 

400 mètres de marche et l’autoroute et 1 stoppeuse et 1 stoppeur en place

la première semble perdue et je sens sa gêne, je décide de la laisser tranquille tout en lui proposant une aide quelconque

le second s’appelle Aymeric, je l’appelle de loin et je lui donne ma destination

il va à Bordeaux, je vais lui arrêter des gens qui iront, et lui de même

c’est lui qui me trouve mon dernier covoiturage – qu’il en soit remercié encore

 

*

 

on bloque l’accès à l’autoroute alors je monte vite dans le camion de Serge

barbe blanche et yeux clairs, il porte une bonnet noir

il transporte des morceaux de sapin sur sa galerie, ce qui fait un bruit effroyable tout le monde du parcours

moment vivifiant avec Serge, qui a vécu 10 ans sur le Plateau, près de chez moi

on parle de ce qui s’y passe

il me donne quelques noms d’ami-e-s

il va faire un tipi pour sa plus petite fille

il me fait une histoire accélérée du mouvement libertaire en Limousin dont une anecdote comme quoi, à la Villedieu, deux employés anarchistes de la commune, lors du déplacement d’une ancienne croix, auraient disposé sous l’emplacement actuelle une bouteille contenant un message caché

peut-être la clé du monde en mouvement

il dit qu’on peut pas changer le peuple et qu’on sait même pas ce que ça veut dire

on rit bien

il parle de Guingouin et ses yeux brillent

il habite dans le sud-ouest désormais, il fouille le site de Central Parks à côté de Casteljaloux, il trouve des trucs qui font chier les entrepreneurs et il en est très heureux

on imagine se croiser ici ou là même si je doute qu’il se souvienne de mon prénom

tutoiement

100 kilomètres

 

*

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Il y a quelques mois j’ai arrêté la série Portraits de France (je crois que c’est vraiment un titre parfait pour obtenir des subventions).

Après une journée compliquée et déjà beaucoup de voiture j’ai voulu rallier Paris : j’avais un rendez-vous le lendemain. J’étais un peu pressé car il était 16h. C’était la toute fin du mois d’août, le ciel était sévère, s’obscurcissait à mesure que les minutes passaient.

J’ai fait 60 kilomètres, en bonne compagnie, puis je suis resté bloqué. Le ciel devenait noir. Je voulais entrer sur une bretelle de l’A20 gratuite à cet endroit mais des gendarmes sont venus me voir et ils ont dit que non c’était pas cool (mais ils ne l’ont pas dit comme ça). Je n’avais pas l’humeur de défier quoi que ce soit : ni des gendarmes, ni le mauvais temps, ni les automobilistes qui n’avaient pas envie de me récupérer sur le bord de la route. Mais j’ai tendu le pouce un peu plus loin, avec pancarte, les voitures allaient vite, j’ai attendu une heure et il a commencé à me pleuvoir un peu dessus. J’avais faim, j’ai arraché du pourpier sur le bord de la route, je l’ai rincé avec l’eau de ma bouteille, je l’ai mangé, et au-dessus de ma tête d’énormes fils électriques grognaient, les pylônes gigantesques étaient tout prêts, et étaient effroyables. Béton et monde de merde.

Je crois que j’ai senti un agacement un peu bourgeois à ce moment-là : j’avais besoin d’aller à Paris, j’avais ce rendez-vous de bon matin, je n’avais que 24 heures car le turbin salarié recommençait très vite après. Et puis j’avais peur. Alors je n’ai plus eu envie et, sur le bord de la route, j’ai découvert que mon téléphone pouvait m’aider à me sortir de cette situation. Un peu honteux, je me suis branché sur le site de covoiturage majoritaire et j’ai appelé à l’aide, ça a marché.

Ce jour-là je me suis demandé si c’était passager ou si cet agacement là allait durer. J’ai encore stoppé depuis mais avec fragilité. Pour moi, cette heure à la périphérie de Châteauroux, c’était un échec de ma jeunesse, l’échec d’une vie non-adulte. Finalement non. Cela fait 12 ans que je fais de l’auto-stop assez régulièrement et je crois que ça pourra continuer. J’ai encore du mal à comprendre le maillage des grandes villes. Et pour le dire, je les déteste. L’hostilité est vraiment bien trop grande. Mais je vais continuer – pour l’intensité, le merveilleux – comme disait l’autre – mais s’agira de l’expliquer plus tard, et alors au dos du carton sur lequel j’inscris parfois ma destination, je vais poursuivre ces portraits-là. Et puis voilà.

 

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ces derniers jours j’ai beaucoup travaillé sur un texte difficile

donc ce soir je traîne sur internet et quand je traîne en quête d’une certaine légèreté je regarde souvent les actualités du foot mondialisé

et les commentaires les plus documentés sous les articles : c’est mon péché caché –
j’aime les décorticages de tactique, les stratégies de jeu, je me dis que ça ressemble beaucoup aux échecs

mais moi je m’en fous des échecs, ça ne m’a jamais intéressé, donc des échecs mais avec des bonhommes qui courent, oui ces fameux bonhommes qui courent derrière un ballon comme on disait à la récré pour se moquer

mon grand-père m’avait emmené au stade plusieurs fois mais on n’y voyait rien

depuis je suis inconditionnel d’une équipe qui, aujourd’hui, génère un chiffre d’affaires que je n’arrive même pas à imaginer

j’ai une sorte de problème moral à suivre aussi intensément ce sport-là, à être aussi calé pour en parler à qui que ce soit,

j’aime aussi lorsque l’occasion se présente aller voir des matchs amateurs pendant lesquels – à ma grande tristesse – j’entends les supporters, accoudés aux barres métalliques qui délimitent le terrain, dire des gros vilains mots aux arbitres tandis qu’on entend le bruit du ballon en cuir qui frappe contre les chaussures cramponnées des joueurs

de ce fait, j’ai déjà essayé d’écrire des séries de poèmes, sur le Paris Saint-Germain
d’Ancelotti par exemple et j’ai même eu une discussion approfondie avec un éditeur de poésie (dont le prénom commence par X. – je le mets dans de beaux draps) à propos de la défaite 6-1, dite de la « remontada », contre Barcelone

moment effroyable où tu découvres que l’échec d’illustres inconnus peut t’impacter loin dans tes émotions les plus vives

cette nudité contemporaine qui m’avait fait jurer de ne plus m’informer de quoi que ce soit sur ce club à partir de ce jour-là […] et pourtant, j’en suis revenu, après plusieurs mois de bouderie pure

il y a quelque chose du spectacle humain qui me fascine vraiment absolument

il y a cet héroïsme accessible à toutes et tous et cet engouement qui fait qu’une fois par semaine des milliers de personnes se retrouvent au stade et chantent alors que nos manifestations (dans l’idée de poursuivre le monde), ne rassemble qu’un public maigre, comme pour une pièce de théâtre un peu trop avant-gardiste

soit

je traînais, et youtube regorge de vidéos de football, musique techno ou piano synthé pour accompagner des vidéos thématiques avec des titres plus racoleurs les uns que les autres, mais je suis tombé sur une vidéo d’une grande beauté, une chorégraphie renversante, et comme ce blog est basique, tu dois cliquer là pour la voir

on voit dans cette vidéo le gardien de but Gianluigi Buffon, italien, 40 ans (plutôt âgé pour ce sport) quittant son club de cœur après de longues années de bons et loyaux services

ce sont les adieux : l’entraîneur, comme le veut la tradition, remplace le joueur au cours du match afin que le public puisse le saluer une dernière fois, lui faire une ovation

il y a bien plus que cela dans cette vidéo

il y a dans cette vidéo des pleurs, des sourires, des bisous, des bisous entre hommes, des
câlins, des haies d’honneurs, des regards complices, un saut de génération (seconde 37, câlin du gosse Dybala à son aîné) et le regard bleu, rieur et mélancolique de Gianluigi Buffon, et cette affection qui déborde généreusement de partout et dont l’humanité, malgré tout, semble friande

friande, cela sonne comme quelque chose de négatif ou de trop frivole, ce n’est peut-être pas le bon mot

ce goût pour le dramatique ou pour la cérémonie qui existe dans notre monde européen occidental, je ne me demande pas s’il ne vient pas que de cela, de ce besoin du partage des pleurs, de la communion simple, de l’arrachement anonyme, de soi à soi et avec les autres, ici, elle n’est pas simple à vivre, le stade est rempli, mais on se rend compte qu’un.e inconnu.e peut brusquer le cœur d’autres inconnu.e.s, par simple projection empathique, que des inconnu.e.s peuvent brusquer le cœur d’un.e inconnu.e

voilà

ce texte ne terminera dans aucune autre forme d’intelligence que celle-ci

plus tôt dans la semaine elle dit qu’elle a envie de prendre le train depuis longtemps

je lui dis que nous pourrions bientôt

et je lui demande si elle aimerait bien aller à une manifestation

et je dis que moi je veux y aller

que je veux voir la grande avenue

avec tout le monde, avec tout le monde réuni qui hurle

elle réfléchit et demande comment ça sera

si elle devra mettre un casque

et se mettre des gouttes dans les yeux

je dis qu’on fera en sorte que non

mais elle dit qu’elle a peur d’avoir peur

les jours de semaine passent vite

et le 30/11 au soir, fatigué, je regarde les covoiturages pour Paris

allongé sur le lit, je regarde les trains et je calcule 78 euros avec J.

trop cher alors pff, et je m’endors et la nuit se fragmente

01.12, fais pas trop froid, le lendemain matin, et bien non, pas d’aller-retour express

pas de soutien aux camarades, la journée devait se faire ainsi

j’ai regardé des directs et dès le matin j’ai vu que

ça bardait, à peine les yeux ouverts, ça bardait dehors

chez moi, ça ne bardait pas, ça faisait du bruit

mais ça ne bardait pas, déçu les minutes passent

il y a un spectacle pas loin, je vois ça sur facebook

on y va, je ne fais pas mes lacets, je croise des proches du tous-les-jours

je croise le maire de L. qui a posé pleins de fois des questions

sur le fait de ne pas scolariser les enfants dont je m’occupe

on s’assoit à côté de N. et derrière il y a C. et W. et A.

le spectacle est bon et joyeux, une meuf âgée conteuse

et trois mecs, musiciens, plus jeunes, et

celui à droite de la scène, hyper-beau en fait, qui sort

de sa salopette, en riant, les cornes du diable

au bout de ses doigts, je fais de même, poing

fermé, index et auriculaire tendus, il y a

aussi J. qui rit pendant le spectacle et en sortant

un chagrin d’amour précaire, ouais, je me dis que

mettre cet adjectif à côté de cette expression vieillotte

mais terriblement vrai, est juste, on parle, il y a du monde,

beaucoup d’enfants, je regarde encore le mec, et je pense aux champs, là-haut, à Paris,

que je retrouve depuis l’ordi 10 kilomètres plus tard

non pas d’enfants, pas possible, ça barde, tandis qu’ici quelque chose nous traverse,

avec A. se vit un amour évident, réel, éprouvé,

on parle des amours, de leurs formes nécessaires ou non,

justes ou non, on parle de la possibilité

d’un endroit pas du tout à nous, mais à nous, avec un tas

de gens, perpétuels ou de passage, ouais, et moi, et toi dedans

dans une danse bien vénère mais kiffante

J. serait heureuse, elle veut toujours voir du monde

elle dit ça car il y a une annonce sur Le Bon Coin

c’est récent, ça coûte 530 euros, charges pas comprises je crois

il y a 5 chambres je crois, le code postal c’est 23340

please écris-moi si ça te plaît ce plan foireux-ci mais

impulsif , après tout ça je repars, avec J. sur la route,

il pleut, virages, et FNSEA COLLABO sur le chemin

c’est l’anniversaire de A., du bruit mais ça ne barde pas

avec S. je lui demande s’il a regardé comment ça

bardait, il dit qu’avant que j’arrive oui, ce moment passe

il est doux et bon, je parle 3 minutes du cinéma

d’Argento, E. s’est endormie devant à cause de la musique

après les bougies on sort et dehors sous la halle le foot avec une balle en mousse bleue

J. m’insulte car elle ne veut pas partir mais on y va et j’écoute

France Culture et je pleure lorsqu’à 18h il parle de ce qui a bardé (et de comment)

et continue de barder à Paris, je crois que c’est la nervosité et l’impossibilité

de savoir où je suis à ce moment-là, ce doute fiévreux devant

la nécessité de la casse, qui est l’intonation du message envoyé là-haut

à l’inhumanité gouvernante, mais je n’aime pas l’idée du pillage, je n’aime pas

les militants racistes, je n’en veux pas pour alliés, encore

il y a des corps dans la rue qui se cognent les uns aux autres et

qui hurlent et les rues brûlent, ok, je trouve une photo très belle

d’une avenue en flammes, j’aurais aimé être là-bas, et voir sur ces largeurs

le feu, les cris, les corps et cette violence-là, elle me hante, de profond,

je sens qu’en moi aussi il y a ça, je les accompagne d’où je suis, je ne

peux m’empêcher de rire lorsque j’entends les analyses confuses

des journalistes, oui, un organe sans tête et sans chef, oui, mais

organisé, ordre et désordre sont répétés, il n’y a par contre rien de réjouissant

à en arriver là, n’est jamais abordé la violence policière qui, imprime aussi

le tempo à suivre pour les manifestants, jamais, jamais, jamais, alors que

c’est jamais jojo les stratégies de maintien de l’ordre ces temps-ci

je repense à J. qui ne voulait pas venir, à ce moment où

pour être proche des personnes avec le cœur au même endroit que moi

je risque de me faire souffler la main par une grenade, qu’il n’y a rien

de très beau à voir cela, de minute en minute les analyses et les

images se multiplient, les contacts sur FB publient des montages

et c’est du bruit après les détonations de toute l’après-midi, seul un article

de SUD-OUEST parle de la violence légitime des manifestants

W.T.Vollmann a écrit 9 tomes sur le sujet, pas lu, peut-être

pas nécessaire, ché pas, tout ce mélimélo me fait penser à P. qui

au garage associatif du Plateau se demande parfois qui est la

dinde de la farce, il parle d’un ours : l’ours trouve un gros caillou dans la forêt

c’est suspendu à une branche par une corde mais l’ours il ne voit pas

et l’ours ça le fâche et il tape le gros caillou, qui est même plutôt un gros rocher

et il tape et à force de taper, il s’assomme et il devient de plus en plus

idiot et le gros caillou, lui, il ne vit pas la situation pour lui-même

quelqu’un l’a installé là, pour bien faire rager l’ours, il dit que

cette histoire n’a pas de morale mais que les mouvements en manif lui évoque ça

tandis qu’il retourne son mélange de tomates biscornues et d’oignons

dans la poêle, pour le verser ensuite dans les pâtes

le soir est là, le cœur toujours au même endroit, sans savoir quoi penser

si ce n’est que cette séquence insurrectionnelle

m’excite autant qu’elle me fait peur, qu’aucune question ne sera résolue

par des certitudes déterminées, et qu’on ne sait pas qui est l’ours

qui est le gros caillou, et que les flammes n’appartiennent

à absolument personne, je m’endors et prends le temps de savoir

dans les jours à venir comment danser quand les pétards tomberont du ciel

pas de droite à gauche que remuent

les branches de l’énorme tilleul

je suis juste en dessous je suis allongé

sur une nappe mauve à carreaux

elle est un peu sale et je renverse par deux fois

mon thé dessus, toutes les feuilles du gros

arbre s’agitent, c’est à cause du vent, le même qui

passe dans la cheminée et en ressort

sans faire de fumée, juste un râle, pas

de fumée, rien du tout

c’est le vent et sous le gros arbre

difforme – déjà taillée mais pas trop –

je me sens minus, c’est trop bien

me sens quasi rien-du-tout, il y a le soleil

qui réchauffe le visage, rien du tout

une feuille qui remue, mais le vent ne me fait pas

gigoter comme ça quand même, je suis

gros comme le gros tilleul et difforme

comme lui, on est des êtres difformes

on pousse n’importe comment

on est traversé de n’importe quoi

c’est bon ce truc là, je fais le récap

on est 1) soit comme les feuilles, ça veut

dire qu’entassé au pied d’un arbre

on pourrit ensemble, on devient noir

ou sinon on est 2) comme le gros arbre

on tombe ou on meurt, oui

les pieds bien contre le sol ou on se fait

foudroyer et puis on s’ouvre en deux

et puis pareil on pourrit découpé en

petits bouts par les insectes et la pluie et

le vent, c’est bon ce moment allongé

sur le dos et le thé laisse au fond du verre

des petits trucs, ouais, on est bien là

au fond, il reste un peu de chaleur, soleil dans

la gueule et le vent qui ne va ni à droite ni à gauche

il virevolte il s’arrête quand il faut

et puis voilà

 

 

retrouvé en travaillant

ce texte écrit l’an dernier par la classe de terminale section vente du lycée Gambetta

Aix-en-Provence

que je décide de renommer

Poème de sagesse relative # 3

et qui, à mon humble avis, déchire grave

tribute

en 2018

Macron est encore là et il veut tuer l’Europe

David Guetta invente un nouveau style de musique : le rap de pélican

en 2020

apparition des voitures mentales

réapparition des dinosaures

la Chine déclare la guerre au reste du monde

Apple invente le téléphone sans fil avec fil

et propose son invention révolutionnaire pour seulement 3500 euros

en 2025

Jul prend se retraite

les êtres humains se mettent à voler

en 2031

Paris est une ville totalement écologique, sans pollution

le Ricard ne contient plus d’alcool

un ours devient président

le Maroc entre dans l’Europe

après avoir fait le tour du monde, les marseillais de W9 se retrouvent à Marseille

2040

Superman détruit le monde

les lutins sortent de leur cachette

les 1ers robots domestiques à forme humaine sont mis en vente par le Japon

2054

le travail n’existe plus

l’école n’existe presque plus

le lycée Gambetta est reconverti en discothèque

les scientifiques découvrent que les rapports sexuels oraux donnent le pouvoir de voler

mais

seulement la bouche ouverte

2075

suicide du clone de Mickael Jackson

la seule boisson mondiale est le Coca

malheureusement

suite à une faute de frappe

la nouvelle boisson mondiale n’est finalement pas le Coca

mais le Caca

2112

les immeubles sont construits par des imprimantes 3D

les chats envahissent la France

inauguration du tram-tube qui relie Lyon à Marseille en 22 minutes

les êtres humains deviennent des Haribos

pour vos funérailles

choisissez de flotter éternellement dans l’espace

2134

l’hiver n’existe plus

disparition des pandas

l’université Aix-Marseille ouvre un master de télépathie

il n’y a plus d’eau dans le monde

les chiens font la révolution

la NASA se recycle dans le fromage de chèvre bon marché

l’anglais est la seule langue officielle au monde

2122

l’arrière petit-fils de Snoop Dog vend sa propre drogue

1ère transplantation de tête sur un humain

malheureusement c’était une tête de tortue

la personne transplantée se fait appeler Donatello

puis se suicide

la fin du monde, encore

et les poneys ont des droits civiques

2135

porter des slips en juin est passible de 2 ans de prison virtuelle

les Zblougbeurgs colonisent la Terre

les Zblougbeurgs appuient

accidentellement

sur l’ancien bouton nucléaire de Kim Jong-Il

alors le feu d’artifice du nouvel an se lance

l’hologramme d’Emmanuel Macron défile à la Gay Pride avec celui de Donal Trump

3000

Donald Trump Junior Junior Junior fait exploser la Corée

il faut payer l’air

découverte d’une ville sous-marine habitée par des Illuminati

1 personne sur 2 naît hermaphrodite

3001

ouverture du 1er bar extra-terrestre

le bar est interdit aux Zblougbeurgs

Claude François est ressuscité

après une fausse manipulation, Hitler est ressuscité aussi

les fraises donnent toujours la diarrhée

les humains ne peuvent plus se reproduire et font des clones d’eux-mêmes

3070

célébration du 1er mariage entre un terrien et une vénusienne

les robots promènent les humains en laisse

les humains s’accouplent avec les animaux

le sexe est légal à partir de 6 ans

la majorité légale passe à 10 ans

l’école n’existe plus

tout le monde travaille à dépolluer la Terre

 

le surf est interdit

parce que c’est trop mouillé

 

6666

l’univers tout entier a été

découvert

Mickael Jackson n’est pas mort

mais c’est le dernier humain

naissance d’un 2ème soleil

le nouvel homme post-historique réussit à articuler un mot

il dit :

GA

à la base, un mail écrit à S., et je me dis soudain que ça ferait un tout à fait honorable

Poème de sagesse relative # 2

ça serait aussi une bonne tactique, arrêter de s’occuper du monde et s’occuper seulement d’apprivoiser un mini bout de territoire

je ne dis pas domestiquer, parce que la salsepareille gagnera toujours sur le désherbage, et que les guêpes construiront toujours des nids dans les parasols dès qu’on aura le dos tourné

mais ce genre là

le monde est beaucoup trop grand pour ce qu’on est capable d’y faire sans finir aigri ou fou ou mégalomane ou complètement déprimé

c’est un peu ma conclusion de cette semaine