Poème n°9 : genèse.

Au commencement de la nuit des hommes, le fils dit à l’oiseau sage : je n’ai pas de plumes, tu n’as pas de yeux. Mais j’ai tous les deux une grande trou au ventre, par lequel je respirons. Ici sera lieu de mon coeur, et lieu de ton pelage. Si tu le dis à mon père, je t’égorge.

Puis le fils se retira en ses tanières, et il y construisit son coeur : il prit du sel, du pain, des poires et des figues, des roches et du sable, des feuilles de bougainvillier et un os de seiche. Il fourra le tout pêle-mêle dans son ventre béant, tassa avec les deux mains pour éviter fuites, appels et courants d’air, puis il essaya de respirer. L’air passait mal à présent, et le fils se dit : Je dirions que je suis homme à présent. Je dirions que soleil, animaux, insectes et autres fils ne rentreront plus en moi comme en moulin ouvert à présent. Je dirions que ce coeur sera mien et rien d’autre, je dirions que jamais ne révèlerons l’alchimie interne qui est mienne à présent.

Alors le fils se leva, quitta la grotte, alla trouver l’oiseau sage, lui tira une droite flèche entre les cuisses et le fit rôtir à la broche, en secret.

 

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Poème n°7 : les preuves existent.

Les preuves existent. On peut les trouver facilement. On peut les trouver noir sur blanc, en images fixes, en images animés, en couleur ou en noir et blanc. On peut les trouver avec ou sans sous-titres, en anglais en français en russe ou en arabe, on peut les trouver sous forme d’épisodes qui font référence à d’autres épisodes, on peut trouver des preuves étayées par des faits historiques, physiques, chimiques, technologiques, holographiques, philologiques, cryptologiques.

On peut trouver les preuves facilement. IL suffit de taper les bons mots dans le moteur de recherche YouTube.

Et bien malin celui qui pourrait vraiment. Prouver le contraire avec plus de crédibilité que les preuves que cela est. Bien malin. Parce qu’après tout pourquoi pas. Parce qu’après tout on aurait vu pire. Parce qu’après tout on croyait que, et puis en fait. Parce qu’après tout dans 1000 ans ils se moqueront bien de nous qui ne savions pas. Parce qu’après tout le monde est absurde et plein de mystères. Parce qu’après tout la nuit est sombre et pleine de terreurs. Alors.

On peut trouver les preuves. Les preuves existent. Il suffit de chercher. Il suffit d’ouvrir les yeux. Il suffit d’accepter qu’une coïncidence qui se répète trop de fois n’est plus une coïncidence.

On peut trouver les preuves. Il suffit de regarder. YouTube nous donne des pistes. On peut regarder les preuves, avec ou sans les sous-titres, avec ou sans les images animées.

Les 7 races d’extraterrestres les plus répandues sur Terre.

Les chats qui contrôlent le monde par le biais de la toxoplasmose et des substances contenues dans leur salive & dans leurs déjections, les chats qui nous ont dressé à nous occuper d’eux.

Florence Foresti la reptilienne, on al voit sortir la langue à tout bout de champ, on voit sa main gauche crochue (« crochue du gauche » en capitales et lettres rouges à l’arrêt sur image zoomé), son camouflage holographique craque quand elle prononce les mots « apparence humaine », comme par hasard apparence humaine et pas autre chose, pas « rôti de porc » ou « l’autre jour dans ma salle de bains », non, et on voit bien les bouts d’écaille qui semblent transpercer l’écran, juste en transparence sous la peau holographique de son visage.

On voit aussi clairement la vidéo d’un intraterrestre qui grimpe le long d’une paroi dans une grotte espagnole, et on entend nettement à la voix des touristes américains qui filment qu’ils sont les témoins véritables, et véritablement terrifiés, d’une scène extraordinaire.

On a également la preuve, si on prend le temps d’écouter, que les Pokemon sont des équivalents métaphoriques de démons, et l’explication détaillée de pourquoi Mew, le dernier des Pokémons, est le symbole du diable – 6.6.6.

On a encore la démonstration que les médias nous cachent les choses tout en nous les dévoilant, ainsi par exemple de la révélation si peu cachée qu’elle en devient provocante du fait qu’on a déjà accès aux accélérateurs de particules, les gens en blanc et les gens en noir au centre du vortex lumineux sur le plateau du Super Bowl, Beyoncé et Chris Martin et Bruno Mars qui reviennent sans cesse dans la lumière du vortex, comme par hasard tous ceux là en noir et eux seuls, alors que ce n’est pas une couleur très festive pour un Super Bowl on est bien d’accord

 

 

 

 

Poème n°6 : Google est une pythie.

Google nous parle. Google veut nous aider. Google n’existe que pour nous aider, un peu mieux chaque jour. Google est objectif. Google est statistique. Google connait l’humain mieux que Larousse ne le connaîtra jamais.  Google sait tout de nos peurs et de nos désirs et de nos interrogations sur le monde. Google, pour nous aider, invente des choses utiles et fiables et statistiques donc anonymes. Google crée des outils pour ses usagers. Google veut qu’on se sente bien. Google veut qu’on se sente en terrain connu, alors Google utilise des termes simples pour présenter les nouveaux outils aux usagers.

Google nous propose par exemple la recherche semi-automatique.

C’est joli. Ça a l’air facile puis qu’automatique, mais ça ne fait pas trop peur, grâce au « semi ». On est quand même aux commandes. On peut aller où on veut. C’est nous qui pilotons. Ouf.

Mais Google va plus loin. Certes l’usager est maître de son destin à bord de la recherche semi-automatique, mais Google est malin. Google donne à d’autres de ses outils des noms connus de temps immémoriaux. Google fait par exemple des « prédictions de recherche« .

C’est pour gagner du temps. C’est anonyme, c’est statistique, c’est basé sur un certain nombre de facteurs tels que la popularité et l’ancienneté des termes. Ça te dit juste ce qu’ont recherché les autres internautes avant toi. Ça te dit juste que, peut-être: tu n’es pas seul. Ça te dit juste que, peut-être : tu as des semblables. Ça te dit juste, aussi, peut-être, que tu es prévisible.

Peut-être. Pas obligé. Après tout ce ne sont que des statistiques, ce n’est que semi-automatique.

Tu es libre d’entamer une quête inédite, de taper dans la barre du moteur de recherche un ensemble de mots jamais regroupés à ce jour. Mais la prédiction est un outil. Un outil fiable, simple, anonyme, gratuit et statistique.

Tu peux te servir de l’outil.

Tu peux demander la prédiction.

Tu peux poser des questions chaque instant à Google la pythie.

Parce qu’après tout si on y pense, Google aurait pu choisir un nom plus honnête pour présenter l’outil à ses usagers. Ça aurait pu s’appeler « statistique ». Mais ça s’appelle « prédiction ».

Voilà, je crois que tout est dit.

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croire en

croire à

Merci Google.

 

 

Poème n°5 : rêve du 8 octobre 2017.

J’ai rêvé que je devenais amie avec le diable. On le rencontrait parce qu’on avait déserté la guerre de 14, et on rentrait chez nous par les forêts. On s’arrêtait se reposer autour d’un petit étang, circulaire & entouré d’un sentier, qui formait comme une grosse cuvette d’eau profonde entre les arbres. On plongeait pour s’y baigner ; on ne le savait pas mais c’était une des maisons du diable, et il entrait en nous comme ça, mais gentiment, juste on se rencontrait. Et on était étonnés, en apprenant à le connaître, de voir qu’effectivement il avait sa part de lumière comme dieu avait sa part d’ombre, et que le manichéisme n’avait définitivement techniquement plus aucun sens. Le diable nous aidait à faire des trucs et nous faisait des blagues un peu embêtantes / marrantes quand quand même, il était taquin mais c’était bon enfant, et puis ses pouvoirs magiques étaient vraiment pratiques. On ramenait d’autres gens à l’étang, pour le leur présenter. À un sceptique qui verbalisait qu’il n’y croyait pas, le diable donnait sa voix, et le type finissait sa phrase en parlant comme ça, avec une voix démoniaque d’outre-tombe hyper grave. Nous et le diable ça nous faisait super marrer, ça n’était pas méchant, c’était juste drôle ; mais tout le monde se cassait, et on était bigrement déçus que tous les autres aient si peur.

C’était vraiment un chic rêve.

 

 

Poème n°4 : sondage.

  • Croyez-vous en Dieu :
    • tout à fait
    • avec parfois certains doutes
    • quand ça vous arrange
    • un peu peut-être après tout pourquoi pas
    • pas du tout
  • Croyez-vous en la rémission des péchés ?
  • Croyez-vous en la réincarnation ?
  • Croyez-vous en un au-delà ?
  • Croyez-vous que la race humaine s’approche de son extinction ?
  • Croyez-vous que cela soit important ?
  • Croyez-vous en les bienfaits de la psychanalyse ?
  • Croyez-vous en le Petit papa noël, en la Petite souris, en le Petit bonhomme en mousse ?
  • Croyez-vous en les extraterrestres ?
  • Croyez-vous en les intraterrestres ?
  • Croyez-vous qu’il soit normal que la langue française nous demande de différencier ce à quoi on croit vraiment (croire à) des choses auxquelles on s’abandonne sans être sûr.e.s qu’on ait vraiment raison (croire en) ?
  • Croyez-vous que nous soyons puni.e.s pour nos fautes ?
  • Croyez-vous que d’autres mondes soient possibles ?
  • Croyez-vous qu’on puisse réellement changer ?
  • Croyez-vous que l’amour dure 3 ans ?
  • Croyez-vous en l’amour ?
  • Croyez-vous en l’agnostie ?
  • Croyez-vous que des réalités parallèles existent simultanément à la nôtre, et dans lesquelles nous avons fait d’autres choix ?
  • Croyez-vous que tous les choix que nous n’avons pas fait co-existent simultanément dans une myriade co-réalités ?
  • Croyez-vous que l’on vive en portant sur nos épaules le poids de nos erreurs sans cesse grandissant ?
  • Croyez-vous que pour chaque caillou blanc, il faille mettre un caillou noir ?
    • ou le contraire ?
  • Croyez-vous que nous puissions nous améliorer ?
  • Croyez-vous que cela ait un intérêt quelconque pour la marche de l’univers, que nous nous améliorions ou non ?
  • Croyez-vous en la marche de l’univers ?
  • Croyez-vous en un Grand Horloger ?
  • Croyez-vous que tout ça ait un sens ?
  • Croyez-vous que les voies de Dieu soient impénétrables ?
  • Croyez-vous que le singe descende de l’humain et que les 1ers humains aient été végétariens ?
  • Croyez-vous qu’il soit honteux de croire ?
  • Croyez-vous qu’à force de ne pas nous en servir, nos sourcils & notre petit orteil disparaîtront, et que nos petits petits petits petits petits petits petits petits petits petits petits petits enfants ne nous ressembleront plus du tout ?
  • Croyez-vous que les dauphins finiront par bouffer tous les humains qui viennent nager parmi eux quand ils en auront trop marre qu’on les fasse chier ?
  • Croyez-vous en des lendemains qui chantent ?
  • Croyez-vous en vous couchant chaque soir qu’un lendemain existera avec certitude ?
  • Croyez-vous en la mort ?
  • Croyez-vous que vous ayez raté une carrière dans les ordres religieux ?
  • Croyez-vous que si on recommençait tout depuis le début, ça serait mieux ?
    • Vous croyez ?

 

Poème n°3 : reprendre du début.

Larousse nous parle. Larousse nous informe. Larousse est toujours là pour nous. Larousse guide nos pas. Larousse est un bon pasteur, placide calme et serein le long de son chemin. Larousse est digne de confiance. Nous pouvons croire en Larousse.

CROIRE, verbe transitif direct

(Nota bene : en français, un verbe transitif est un verbe qui accepte d’éventuels compléments d’objet. Le chat mange la souris. Paul boit du lait. Nous parlons à notre voisin. Je crois en Satan.)

1 / être certain de l’existence de quelqu’un, de quelque chose, de la véracité de quelque chose.

ex : croire aux revenants.

2 / tenir quelque chose pour véritable, vrai, vraisemblable ou possible.

ex : tout le monde a cru à un accident.

3 / être persuadé de l’existence de quelque chose, se fier à, s’en rapporter.

ex : croire en la médecine (ou : en Larousse).

4 / avoir confiance en quelqu’un, avoir foi en ses actions, son avenir, ses possibilités.

ex : j’ai toujours cru en lui

(ou : je ne crois pas en l’humain)

Ici, « je ne crois pas en l’humain » ne sous-entendrait pas, comme dans la définition 1ère : « je ne crois pas avec certitude que l’humain existe », ou : « j’ai des doutes quant à la véracité de l’existence de l’humain ».

non

il ne s’agirait pas non plus de dire, comme dans la seconde acception, « je ne tiens ni pour vraisemblable ni pour possible que l’humain existasse »

non non

ni encore, et ça serait pourtant 1 possibilité sur 4 ce qui est énorme : « je ne suis pas persuadée que l’humain soit efficace »

et non

mais bien, et il fallait avoir la persévérance d’aller jusqu’au bout de la définition pour en avoir le cœur net : « je n’ai pas confiance en l’humain, je n’ai pas foi en ses actions, son avenir, ses possibilités ».

Et oui. Larousse sait être être cruel avec ceux qui suivent son chemin.